Découvrez l’entretien que m’a accordé Manuel Dupuis, psychologue du sport, intervenant notamment dans le club de Charleroi (Belgique), avec des sportifs de haut niveau à titre privé et participant à la formation des entraîneurs belges dans les modules de la licence UEFA A.

Nous sommes revenus sur sa collaboration avec les clubs, sur l’importance de la préparation mentale dans la performance des footballeurs et sur quelques solutions face au stress. Nous avons également évoqué la gestion des spirales négatives et des critiques, sa mission avec des joueurs blessés ainsi que le travail spécifique autour de l’imagerie mentale.

Extraits de l’interview

Le préparateur mental a détaillé sa méthodologie quand il intervient dans des clubs et structures sportives et a souligné le besoin essentiel de multiplier les échanges avec les personnes en place.

« C’est vraiment très important de pouvoir se faire une place dans le staff d’une équipe, donc il faut discuter avec le staff technique, le directeur technique, avoir un contact avec les préparateurs physiques. Il faut pouvoir travailler de manière efficace. Il y a encore certaines résistances sur ce domaine car de nombreux entraîneurs ont vécu leur carrière sans cette aide. J’aimerais qu’on considère la préparation mentale comme un entraînement. Pour vous donner un exemple, j’ai eu une demande d’une équipe U16, qui avait perdu beaucoup de matches d’affilée, avec une perte de confiance et un entraîneur qui ne sait plus quoi faire. La spirale négative est un phénomène classique. L’entraîneur était demandeur, donc c’est l’idéal. On s’est réuni avec l’entraîneur pour travailler sur lui déjà, de faire des feedbacks positifs, d’activer des retours positifs aux joueurs après chaque entraînement, alors qu’il était dans une attitude assez négative. Ensuite, l’intervention s’est déplacée du côté des joueurs avec des exercices pour redonner de la confiance en soi, à travers par exemple de l’imagerie mentale, de la visualisation, repartir d’un match où ils avaient été très performants en début d’année. J’ai pu voir certains éléments de manière individuelle également. »

Manuel Dupuis – Prolongation

Manuel Dupuis est également revenu sur la gestion des joueurs blessés et dans l’incapacité de jouer, sur des périodes plus ou moins longues.

« C’est un exemple récurrent. On m’envoie les joueurs blessés et souvent, ils vivent assez mal leur blessure quand elle est assez longue. On soupçonne parfois qu’il y ait une cause d’ordre psychologique quand un joueur accumule les blessures. L’objectif avec un joueur blessé est d’abord qu’il puisse entraîneur leur technique, qu’il reste présent au sein du club, à travers par exemple de l’imagerie mentale. Cela consiste à visualiser des gestes techniques, des phases de jeu. Quand on vit un geste technique en imagerie mentale, le cerveau est activé pratiquement de la même manière que quand on joue réellement. Les blessés font des programmes d’imagerie de manière quasi systématique. Il y également l’aspect psychologique car quand on se blesse, on se sent un peu déclassé, un peu déprimé, un peu de côté. Il y a parfois un système de culpabilité inconscient. Le rôle du psychologue est très important. »

Il est également revenu sur la gestion des spirales négatives : « Dans le cas des spirales négatives, il faut vite réactiver du positif. Pour vous donner un exemple, j’ai travaillé avec un attaquant qui ne marquait plus, dont l’entraîneur commençait à perdre confiance et à avoir une vision négative du joueur. Mon objectif était de réactiver de la confiance en soi. Je commence toujours par expliquer ça au joueur : ‘il y a trois mois, tu marquais plein de buts, je ne peux pas croire que tu puisses tout perdre en l’espace de trois mois. Tu es tout à fait capable de marquer à nouveau dès le prochain match. Ensuite, on est reparti de sa dernière expérience positive à travers l’imagerie mentale. Il s’est replongé dans ce match où il avait marqué, je l’ai fait revivre ce moment là, comme si il y était. Après l’exercice, il se sentait bien et il m’a dit que cela faisait trois mois qu’il n’avait pas ressenti un sentiment positif comme ça. Le week-end suivant, il est entré en jeu en cours de match et a marqué un but, puis ensuite un deuxième. »

« Le stress négatif, lié à la critique, à la concurrence, aux relations avec les coéquipiers et l’entraîneur, fait partie du sport de haut niveau. Il faut essayer de positiver son stress. Un petit peu de pression permet de stimuler et s’activer. Quand elle est trop élevée, il faut avoir des techniques pour se calmer, pour reprendre le contrôle, comme des techniques de respiration et de méditation. »

Manuel Dupuis – Psychologue du sport

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